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Alexandre Blok


L’Intelligentsia et la Révolution
traduit par Jacques Imbert.
alidades 1997, collection “Petite Bibliohèque Russe”, 12,5 x 21 cm, cahier, 28 pages,
4,30 €, ISBN 978-2-906266-21-6

Tirage de tête, publié par Cazimi, 1997 :
66 exemplaires sur Arches pur fil, avec une photo de Blok et un portrait gravé par Iouri Annenkov pour l’édition des Douze (1918), sous jaquette Johannot, cousu et broché à la main ; 14 x 21,2 cm, 44 pages, 60 FF.

Rien n’est jamais simple, surtout pas ce plaidoyer “musical” pour la révolution bolchévique : car s’y joignent l’acte politique, toujours problématique, de l’intellectuel prenant fait et cause au cœur de la tourmente, et la découverte autant que le vœu d’une esthétique nouvelle dont la révolution jette aveuglément les principes. Peu importe que ce soit par le fer et le feu, ou même faut-il qu’il en soit ainsi, comme dans les grands moments mythiques des origines, pour qu’apparaisse un monde qui “sonne” autrement. Il y a dans le mouvement destructeur de la révolution une force créatrice implacable et capable d’opérer, selon l’expression de Nietzsche, dont Blok paraît ici parfois très proche, la “transmutation des valeurs” : c’est à cela qu’aspirent ces pages d’une langue vive et libre, qu’on peut lire aussi comme le meilleur commentaire qui soit du grand poême Les douze.

Extrait :

"Pourquoi “À bas les tribunaux!” ? Parce qu’il y a des volumes et des volumes de “codes”, de “commentaires”. Parce que M’sieur le Juge — not’ maître — et M’sieur l’Avocat — not’ maître — discutent entre eux du “délit” ; puis ont lieu les “débats”, par-dessus la tête du malheureux voyou. Le voyou — c’en est un — a déjà fauté, il a perdu son âme, et il ne lui reste plus que la haine ou les larmes du repentir. C’est le bagne ou la cavale. Oui, foutre le camp! Alors à quoi bon le traîner un peu plus dans la boue ?

Dostoïevski a brossé le tableau de l’avocat libéral, Dostoïevski persécuté de son vivant, mais qualifié à titre posthume de chantre des “humiliés et offensés”. Tolstoï aussi a fait ce portrait, mais qui donc a grillagé la tombe du vieil original ? Qui aujourd’hui pousse des jérémiades à l’idée qu’on la “profane” ? Après tout, Lev Nikolaïevitch serait peut-être content qu’on crache sur sa tombe et qu’on y jette des mégots, non ? Le crachat est divin, pas les barreaux.

Pourquoi détruit-on la vieille église ? Parce que là, à longueur de siècles, le pope, gras à lard, hoquetant, ramassait des pots-de-vin et faisait le trafic de la vodka.

Pourquoi pille-t-on les magnifiques domaines des seigneurs ? Parce que là on violait et martyrisait les filles. Tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre."


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