Ceci est le contenu de la balise P de mise en forme

éditions alidades




logo

alidades
librairie






à voir

alain saey
albertine
toshiaki tsukui

 

 


Habiter cette maison
Quatre poètes contemporains de langue arabe

Ghada Khalifa (Égypte)
Abdullah Almuhsin (Arabie Saoudite)
Kadhem Khanjar (Irak)
Rasha Omran (Syrie)

Textes traduits par
Dima Abdullah, Marianne Babut, Leïla Kherbiche,
Hala Omran et Wissam Arbache

Présentation de Wissam Arbache

alidades 2017, 12,5 x 21 cm, cahier, 44 pages, 5,70 €.
ISBN 978-2-919376-47-6


Extraits :

“Chère Scarlett Johansson, comme j’aime tes lèvres et la façon que tu as de sourire avec. J’observe le regard de mon ami sur ta poitrine, et je sais que des fourmis lui parcourent le corps, que sa tête se transforme en chambre à coucher où il n’y a rien d’autre que toi. Mon ami me sourit comme il sourit à sa mère.
Pour lui, je suis une femme pudique, avec un couvercle hermétique sur la tête. Je ne peux être conçue qu’en position de prière et dans la cuisine avec les enfants. Oui, Scarlett, je suis la mère de mon ami. Il lui est impossible de me représenter nue dans ses rêves.
Je ne suis pas jalouse, tu es hors course. Ta beauté est bien au-delà de moi, des coffrets de maquillage et des teintures pour cheveux.
Tu es la Scarlett Johansson que tout le monde aime et moi, la mère en puissance d’enfants qui ne viendront peut-être jamais.

Ghada Khalifa

*

L’épouvantail

“Depuis qu’a fauté l’ancien paysan
Quand il a planté un épouvantail
J’ai pris racine dans la terre
Quand il a quitté de nuit le champ
Les anges ne sont pas descendus pour labourer le sens
Les aïeux sont fatigués
Et voilà que les enfants naissent dans les pleurs.”

Abdullah Almuhsin

*

“1990. Mon père m’a ramené du Koweït un vélo pour enfants
Gravé sur son guidon le nom «Fahd»
Peut-être que mon père a tué Fahd et toute sa famille
Ou que Fahd à survécu sans famille
Ou bien que Fahd vit aujourd’hui avec sa famille,
sans jambes
Est ce que Fahd se souvient de son vélo et de son nom qu’il a gravé sur le guidon ?”

Kadhem Khanjar

*

Désir

“Je veux écrire sur la vie
La vie dans les poumons d’un petit oiseau qui essaie d’entrer par le volet entrouvert et se cogne la tête contre le bois
La vie dans les ailes d’un papillon translucide qui s’approche de la lueur en imaginant que là réside la paix et qui se brûle le bout de l’aile gauche
La vie dans la lenteur d’une fourmi qui marche sur le bord du mur et qui rêve d’un grain de sucre qu’elle trouvera quelque part
Je veux écrire sur la vie
Lorsque je sens, telle une louve prudente, l’odeur de ta peau quand tu m’appelles
Lorsque l’indolence délicieuse grimpe dans mon corps quand j’entends ta voix ou lorsque je célèbre seule tout cet amour dont personne n’est au courant à part moi
Je veux écrire sur la vie
Sur ceux qui déploient leurs rêves et ne s’aperçoivent pas comment leurs dos se courbent quand ils les débarrassent de leurs cailloux et de leur terre
Sur ceux qui portent leurs maisons sur les épaules et s’y abritent à chaque fois que la faux de la mort passe en creusant le chemin autour d’eux
Sur ceux qui scellent l’aigreur de la défaite par le sarcasme comme s’ils dessinaient des yeux ouverts sur les murs de l’Histoire
Je veux écrire sur la vie
Moi dont la vie à rongé les doigts de la main droite comme une souris ronge un jouet en plastique.
Je l’ai regardée faire sans m’en soucier et je lui ai tendu les doigts de gauche sans aucun regret”

Rasha Omran


 

Quatre poètes de différentes régions du monde arabe, inconnus en France, sont présentés dans ce recueil.
Rasha Omran, poétesse syrienne dont la renommée est établie, et qui fait en quelque sorte office de marraine, accompagne de jeunes poètes : Kadhem Khanjar, écrivain irakien au regard aussi acéré que l’écriture, Abdullah Almuhsin, très jeune poète d’Arabie Saoudite, dont la langue est déjà d’une étonnante maturité, et Ghada Khalifa, poétesse et plasticienne égyptienne qui tisse une langue sensible, drôle parfois. Chacune et chacun d’entre eux réinvente à sa manière l’approche poétique d’une réalité dont les soubresauts, la violence et les tensions, tout autant que les gestes et les attentes du quotidien, ne sauraient s’accommoder de la simple reprise des tropes hérités de la tradition.


 

accueil / haut de la page