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Elena Schwarz

La Vierge chevauchant Venise et moi sur son épaule
31 poèmes traduits du russe par Hélène Henry.
alidades 2004, Petite Bibliothèque Russe,
12,5 x 21 cm, cahier, 52 pages, 6,50 €.
ISBN 978-2-906266-56-8

Traduite en allemand et en anglais, l’œuvre d’Elena Schwarz (Une quinzaine de recueils, dont deux anthologies récentes) n’a connu en France que de brèves publications en revues ou au sein d’anthologies consacrées à la poésie russe des dernières décennies. L’un des plus prestigieux prix littéraires de Russie, le prix « Triumph », vient cependant de lui être décerné, portant sur le devant de la scène une écriture qui, depuis les années 70, s’est élaborée, par la force des choses et le refus des compromissions, dans le retrait.Vivant à Saint Petersbourg, Elena Schwarz appartient à cette génération d’écrivains qui ont voulu et su préserver, contre les pressions soviétiques, puis contre la déferlante des sous produits culturels consécutive à l’ouverture à l’ouest, l’exigence d’un travail éminemment personnel et original. Elle puise à différentes sources — tant la tradition biblique que les traditions populaires slaves — qu’elle transcende, une parole d’un mysticisme brutal, coloré, existentiel, hérétique sans doute (comme elle en convient elle-même) par laquelle s’exprime une intériorité forte et torturée dans sa relation complexe à la réalité humaine et à ce qu’elle peut avoir de troublant, de violent et de problématique.

Le vers d’Elena Schwarz n’est pas libre ; mais ne l’étant pas, il est néanmoins brisé, secoué, malmené, ainsi qu’on peut l’entendre lors de ses lectures (notamment lors du dernier Printemps des poètes, à Lyon, Montpellier, Bordeaux) et s’éloigne de la stricte régularité encore bien souvent défendue par nombre de poètes russes contemporains. Remarquablement et généreusement servi par la traduction d’Hélène Henry, l’ensemble proposé dans le présent recueil permet pour la première fois en français de parcourir plus de vingt cinq années de l’écriture d’Elena Schwarz et de prendre la mesure de la force extraordinaire qui traverse tout l’œuvre de cet écrivain dont à coup sûr on reparlera.

Extrait :

TRAITÉ DE LA FOLIE DE DIEU

Dieu n'est pas mort, il est seulement fou.
Cela, Nietzsche le sait, et Sirius aussi, et la Kolyma.
Cela peut se dire en sanscrit, en jouant des crécelles,
Dans un sifflet de train, en relevant l'ourlet d'une robe
(Mais au Ciel, on l'ignore encore).
Le six-milliardième nouveau-né pourrait vous le piailler,
Mais il n'osera pas, peur d'être renvoyé.
Mais nos nuits, qui les tient ? Nos jours, qui les étire ?
De nos planètes et comètes qui allume les feux ?
Sont-ce les anges, eux tout seuls ?
En voici un qui veille et qui, en bon comptable,
Dénombre les trillions d'atomes. Vaine tâche.
Et cet autre qui saisit un oiseau à pleins bras
Et qui gambade et rit et s'esbaudit, étrange…
Les anges aussi, alors ?
Le virus de folie est là sous la peau, dans le soleil et dans le cœur.
Si toute créature est folle, où s'ira réfugier le Créateur ?
La tête du monde a explosé.
Il fait froid dans l'Eden. Des trognes y parlent,
Et se nourrissent d'ivraie.
Il ne reste d'espoir qu'en la bonté de ceux
Qui dans la graine d'arachide encloront même la folie sacrée.

1999


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